Avec Presidio, publié aux éditions Delcourt, Simon Treins, Thibaud Villanova et Bertrand Denoulet proposent une bande dessinée qui s’inscrit pleinement dans la tradition du road-movie noir américain. Entre fuite permanente et introspection silencieuse, l’album privilégie l’atmosphère et les personnages plutôt que les effets spectaculaires.

🌵 Une fuite qui devient un voyage intérieur
L’histoire se déroule dans le Texas du début des années 1970 et suit Troy Falconer, un homme vivant en marge de tout, refusant l’idée même d’attache ou de stabilité. Habitué à survivre grâce à de petits vols et à une existence nomade, il revient pourtant dans sa région natale pour retrouver son frère Harlan, brisé par une séparation douloureuse.
Ce qui devait être un simple départ sur les routes pour récupérer l’argent disparu bascule rapidement. La découverte inattendue de Martha, une jeune fille mennonite cachée dans leur voiture volée, transforme la cavale en situation fragile et imprévisible. Dès lors, la fuite n’est plus seulement matérielle : elle devient morale et émotionnelle.
Le récit repose largement sur cette tension progressive. Troy, personnage lucide lorsqu’il s’agit de survivre, se révèle incapable de gérer les liens humains. Son refus de toute possession agit comme une protection, mais la présence de l’enfant fissure peu à peu cette posture. La relation entre les deux frères, marquée par la fatigue et les non-dits, renforce encore cette impression d’équilibre précaire.
🧠 Un scénario tout en retenue
Adapté du roman de Randy Kennedy, le scénario privilégie les silences, les regards et les moments suspendus. Ici, la violence n’explose jamais gratuitement : elle surgit comme la conséquence logique de décisions prises trop vite ou trop tard.
Le rythme peut paraître volontairement posé pour une histoire de cavale, mais ce choix sert l’ambiance générale. Le récit s’attarde davantage sur l’usure psychologique des personnages que sur l’action pure, installant une tension diffuse qui accompagne chaque kilomètre parcouru.
🎨 Un réalisme graphique au service de l’atmosphère
Visuellement, Thibaud Villanova opte pour un dessin réaliste et rugueux, parfaitement adapté à cet univers poussiéreux. Les décors — motels fatigués, routes interminables, parkings nocturnes — participent pleinement à la narration. Les personnages semblent lourds, marqués par la fatigue et les choix passés, renforçant la crédibilité de l’ensemble.
La mise en couleur de Bertrand Denoulet joue un rôle essentiel dans l’identité de l’album. Les tons chauds et ternis, les lumières artificielles et les nuits épaisses installent une mélancolie constante, comme si le soleil texan ne parvenait jamais vraiment à éclairer les zones d’ombre des protagonistes.
⭐ Une lecture solide et immersive
Sans chercher à révolutionner le genre, Presidio réussit surtout par sa cohérence et son ambiance maîtrisée. La BD propose une cavale intime, où la route agit moins comme une échappatoire que comme un révélateur des failles humaines.
Un album efficace et habité, porté par des personnages crédibles et une atmosphère durable, qui laisse une impression persistante une fois la dernière page tournée.
Le BD Presidio aux éditions Delcourt, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 16.95€

