Tout commence par un meurtre en chambre close. Une victime est retrouvĂ©e poignardĂ©e dans le bureau dâune maison qui ne lui appartient pas. La piĂšce Ă©tait verrouillĂ©e de lâintĂ©rieur, aucun couteau nâa Ă©tĂ© retrouvĂ© et aucune trace dâeffraction ne permet dâidentifier un coupable. LâenquĂȘte officielle sâenlise rapidement : pas de mobile, pas de suspect crĂ©dible, aucun lien familial, et un hĂ©ritage intĂ©gralement lĂ©guĂ© Ă des Ćuvres caritatives.
Pourtant, une vĂ©ritĂ© existe. Elle se cache dans une pochette contenant cent pages dactylographiĂ©es, laissĂ©e par le meurtrier lui-mĂȘme. Ces feuillets, une fois remis dans le bon ordre, permettraient de comprendre ce premier crime⊠mais aussi neuf autres meurtres commis la mĂȘme annĂ©e.

đ§ Une mĂ©canique dâĂ©nigmes exigeante et dĂ©routante
Avec Le Jugement de Salomon, John David Finnemore sâinscrit clairement dans la tradition des romans Ă Ă©nigmes expĂ©rimentaux, popularisĂ©s par La MĂąchoire de CaĂŻn. Ici, le livre est lâĂ©nigme. Chaque page constitue un puzzle narratif, truffĂ© dâindices, de rĂ©fĂ©rences littĂ©raires, culturelles et parfois cryptiques.
La lecture devient rapidement une enquĂȘte active, demandant une attention constante et une vĂ©ritable implication intellectuelle. Certains indices nĂ©cessitent mĂȘme des recherches externes, transformant lâexpĂ©rience en chasse au trĂ©sor mentale. Une dĂ©marche fascinante pour les amateurs du genre, mais qui peut se rĂ©vĂ©ler ardue, voire frustrante, pour les lecteurs recherchant une narration plus classique.
âïž Un titre lourd de symboles
Le choix du titre nâest pas anodin. Le Jugement de Salomon fait directement Ă©cho Ă lâĂ©pisode biblique du Premier Livre des Rois, oĂč le roi Salomon incarne une sagesse absolue, capable de discerner la vĂ©ritĂ© lĂ oĂč tout semble insoluble. Cette rĂ©fĂ©rence renforce la dimension morale et intellectuelle du rĂ©cit : ici, le lecteur est invitĂ© Ă devenir juge, enquĂȘteur et interprĂšte.
Cependant, cette richesse symbolique contraste parfois avec une mĂ©canique de jeu jugĂ©e prĂ©visible ou trop convenue par certains lecteurs, malgrĂ© lâambition Ă©vidente du projet.
đŻïž Une expĂ©rience clivante mais assumĂ©e
PrĂ©facĂ© par Franck Thilliez, le roman sâadresse avant tout aux fins limiers, aux passionnĂ©s dâĂ©nigmes, de casse-tĂȘtes narratifs et de dĂ©ductions complexes. Ceux qui aiment ĂȘtre dĂ©stabilisĂ©s y trouveront un terrain de jeu stimulant. Ă lâinverse, les lecteurs peu sensibles aux dispositifs expĂ©rimentaux pourraient rester Ă distance de cette proposition littĂ©raire trĂšs conceptuelle.
Quâon adhĂšre ou non Ă lâexpĂ©rience, Le Jugement de Salomon reste une Ćuvre singuliĂšre, audacieuse, qui ose repousser les limites du roman policier traditionnel.

