Avec Rat City, l’univers de Spawn fait un bond spectaculaire dans le futur. L’action se déroule en 2107, dans un monde marqué par des années de guerre, où les corps humains sont devenus des terrains d’expérimentation et où les grandes entreprises semblent avoir pris une place considérable dans la société.
Mais plutôt que de simplement décliner Spawn dans un décor futuriste, Todd McFarlane, Erica Schultz et Zé Carlos proposent un nouveau personnage et une histoire qui peut se découvrir sans avoir une connaissance approfondie de la série originale.

🌆 Un futur qui sent bon le cyberpunk
Peter Cairn est un ancien soldat qui a payé très cher son passage par la guerre. Amputé des deux jambes, il vit avec les conséquences d’un conflit qui semble avoir laissé derrière lui bien plus de victimes que de véritables vainqueurs.
Son quotidien va changer lorsqu’on lui propose des prothèses équipées de nanites, ces minuscules robots capables d’interagir avec son organisme.
Et c’est à partir de là que Rat City commence réellement à trouver son identité.
Parce que ces nanites ne se contentent pas d’améliorer les capacités physiques de Peter. Ils semblent liés à quelque chose de beaucoup plus mystérieux, à mi-chemin entre technologie et pouvoirs surnaturels.
Le mélange est intéressant, même si l’environnement cyberpunk proposé reste volontairement très familier : modifications corporelles, technologie omniprésente, corporations puissantes, violence et individus transformés en armes.
🧬 Quand Spawn rencontre la science-fiction
C’est évidemment là que se trouve la principale curiosité de l’album.
À première vue, Rat City pourrait presque être présenté comme une nouvelle série de science-fiction indépendante. Le nom de Spawn est d’ailleurs étonnamment discret et l’histoire prend le temps de présenter son propre héros et son propre environnement.
Puis certains événements viennent progressivement rappeler les origines de cet univers.
Sans entrer dans les détails, le passé d’Al Simmons a laissé des traces jusque dans ce futur lointain. Peter va alors développer des capacités qui évoquent forcément celles de Spawn.
C’est cette connexion qui donne au récit une partie de son intérêt. Le lecteur qui ne connaît pas Spawn peut suivre l’histoire sans être perdu, tandis que les habitués auront forcément envie de repérer les éléments permettant de comprendre comment cet univers a évolué.
🦿 Peter Cairn, un héros encore en construction
Peter est loin d’être un héros immédiatement défini. Son passé militaire, son handicap et les transformations qu’il subit constituent surtout le point de départ de son évolution.
Il trouve rapidement un allié, qui joue également un rôle particulier dans la narration puisqu’il participe directement au récit de l’histoire.
Ce choix fonctionne globalement, même si cette voix narrative peut parfois donner l’impression que certaines informations sont un peu trop directement expliquées. L’histoire aurait parfois gagné à laisser davantage le lecteur découvrir certains éléments par lui-même.
Cela reste cependant cohérent avec l’identité particulière de l’univers Spawn, qui n’a jamais vraiment hésité à mélanger narration, action, violence et exposition.
🔥 L’album prend de l’ampleur en avançant
Le début de Rat City m’a paru relativement classique. L’univers est intéressant, le concept fonctionne, mais le récit met un peu de temps à véritablement trouver son rythme.
La situation évolue nettement lorsque Peter et son compagnon commencent à être traqués.
La fuite apporte alors une dynamique beaucoup plus efficace. Le costume apparaît, les pouvoirs prennent davantage d’importance et l’histoire accélère, donnant à l’ensemble un côté série B assumé qui colle finalement plutôt bien à l’univers.
La violence est également bien présente. Certaines séquences sont particulièrement brutales et plusieurs personnages secondaires commencent à révéler leurs véritables intentions.
Surtout, l’album commence à laisser entrevoir un antagoniste et des enjeux plus importants, ce qui donne réellement envie de découvrir ce que les auteurs réservent à la suite.
🎨 Un dessin qui accompagne parfaitement l’univers
Visuellement, Zé Carlos propose un travail solide. Son dessin correspond particulièrement bien à cette ambiance futuriste et violente.
Les personnages transformés, les scènes d’action et les éléments technologiques permettent au dessinateur de proposer quelques belles séquences, même si tout n’est pas constamment au même niveau.
L’ensemble reste néanmoins suffisamment convaincant pour donner à ce futur dystopique une vraie personnalité.
⭐ Un bon point de départ pour le futur de Spawn
Rat City Tome 1 ne révolutionne pas le cyberpunk. On retrouve beaucoup de codes déjà connus du genre et plusieurs éléments narratifs sont assez classiques.
Mais ce n’est finalement pas là que se trouve son principal intérêt.
L’idée de projeter l’univers de Spawn plus d’un siècle dans le futur, d’en conserver certaines traces et de les mélanger à une nouvelle histoire fonctionne plutôt bien. Et surtout, l’album peut être lu sans connaître toute la mythologie de Spawn.
Pour les connaisseurs, certains détails donneront évidemment envie de chercher les connexions avec la série originale. Pour les autres, Rat City reste une aventure de science-fiction accessible, violente et suffisamment mystérieuse pour donner envie de poursuivre.
Le premier tome sert surtout à poser les fondations. Et si les auteurs parviennent à développer les pistes entrevues ici, cette nouvelle branche de l’univers Spawn pourrait devenir nettement plus intéressante à mesure qu’elle s’éloignera de ses influences les plus classiques.
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