Jujutsu Kaisen Modulo avait tout pour être une mauvaise surprise. Après la conclusion de la série originale en 30 tomes, Gege Akutami revient dans un format beaucoup plus court, avec une histoire située plusieurs décennies après les événements connus. Et surtout, l’univers des exorcistes accueille cette fois… des extraterrestres.
Sur le papier, le mélange paraît franchement improbable. À la lecture, il se révèle pourtant beaucoup plus cohérent que prévu.

🌍 Jujutsu Kaisen, mais 68 ans plus tard
L’histoire de Modulo se déroule 68 ans après la disparition de Ryômen Sukuna. Le monde a changé et les conséquences du conflit qui a opposé les exorcistes à Sukuna continuent de peser sur l’équilibre international.
Le Japon occupe désormais une position très particulière. C’est précisément dans ce contexte que les Simuriens, une civilisation extraterrestre possédant des capacités proches de celles des exorcistes, cherchent à s’installer sur Terre.
Évidemment, accueillir une population venue d’un autre monde ne se résume pas à lui trouver une place. Sont-ils des réfugiés, une menace potentielle ou de futurs partenaires ? C’est cette question qui constitue l’un des principaux moteurs du premier tome.
Pour tenter d’établir un dialogue, Maruru est envoyé comme émissaire. Il se retrouve associé à Yuka et Tsurugi, deux jeunes exorcistes issus de la descendance de Yuta Okkotsu et Maki Zenin.
Et si le trio fonctionne, ce n’est certainement pas parce que tout le monde est immédiatement sur la même longueur d’onde.
🤝 Une suite qui parle surtout de différence
C’est probablement l’aspect le plus intéressant de ce premier tome. Jujutsu Kaisen Modulo ne cherche pas simplement à reproduire la formule de son prédécesseur avec de nouveaux personnages.
Gege Akutami utilise son univers pour aborder des questions beaucoup plus larges : acceptation de l’autre, intégration, peur de l’étranger, compromis, coexistence et risque de conflit.
Les missions confiées à Yuka, Tsurugi et Maruru servent ainsi autant à faire avancer l’intrigue qu’à confronter les personnages à leurs propres préjugés.
Le concept fonctionne d’autant mieux que les Simuriens ne sont pas simplement présentés comme une nouvelle menace à éliminer. Leur présence oblige les protagonistes à réfléchir avant de sortir les armes.
Et c’est là que Modulo devient assez différent de Jujutsu Kaisen.
⚠️ Un pari surprenant… et forcément risqué
Soyons honnêtes : les extraterrestres dans Jujutsu Kaisen, il fallait oser.
On passe d’un univers essentiellement construit autour des malédictions, des exorcistes et du surnaturel à une situation où l’altérité vient littéralement de l’espace. Le changement peut déstabiliser les lecteurs attachés à l’identité originale de la série.
Pourtant, le choix devient progressivement plus intéressant lorsqu’on comprend ce qu’Akutami veut raconter.
Le problème vient davantage du format. Trois tomes pour développer un contexte géopolitique, de nouveaux personnages, une civilisation extraterrestre et des thématiques aussi lourdes, c’est particulièrement ambitieux.
Ce premier volume pose beaucoup de questions. Reste maintenant à savoir si les deux suivants auront suffisamment de place pour apporter des réponses satisfaisantes.
✍️ Yûji Iwasaki prend le relais au dessin
Autre changement important : Gege Akutami ne dessine plus la série. Il assure ici l’écriture et le scénario, tandis que Yûji Iwasaki prend en charge les illustrations.
L’association fonctionne globalement bien.
Le trait d’Iwasaki est propre, lisible et efficace, avec quelques très belles planches. En revanche, il lui manque encore cette identité graphique immédiatement reconnaissable qui caractérisait le Jujutsu Kaisen original.
C’est surtout pendant les combats que la différence se remarque. Les affrontements restent efficaces, mais leur mise en scène paraît moins percutante que dans la série principale.
Cela dit, le nouveau dessinateur possède suffisamment de personnalité pour que Modulo ne donne pas simplement l’impression d’être une copie graphique de son prédécesseur.
🔥 Une suite qui mérite qu’on dépasse le premier choc
Avec ce premier tome, Jujutsu Kaisen Modulo prend un risque réel. Plutôt que de prolonger mécaniquement l’histoire originale, Gege Akutami change considérablement le contexte et utilise les décennies écoulées pour construire une nouvelle situation.
Le résultat est parfois déconcertant, mais surtout beaucoup plus ambitieux qu’on pouvait l’imaginer.
J’ai particulièrement apprécié le fait que les nouveaux éléments ne servent pas uniquement à créer des combats supplémentaires. Le conflit potentiel entre humains et Simuriens permet au contraire de poser des questions sur la coexistence et la peur de l’autre.
Reste une grosse inconnue : trois tomes seront-ils suffisants pour donner à cette idée toute l’ampleur qu’elle mérite ?
Pour l’instant, Modulo est une expérience étonnante qui ne cherche clairement pas à jouer la sécurité. Et après la fin de Jujutsu Kaisen, ce n’est peut-être pas plus mal.
Une suite surprenante et ambitieuse, qui prend le risque de transformer profondément l’univers de Jujutsu Kaisen. Le changement de direction pourra dérouter, mais les thématiques abordées donnent à cette nouvelle histoire une vraie raison d’exister.
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