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Uri Tupka et les Dieux : notre avis sur la BD de Mike Mignola

Avec Uri Tupka et les Dieux, Mike Mignola poursuit l’exploration de son nouvel univers de fantasy après Le Carnaval des cadavres. Mais cette fois, l’auteur abandonne la forme anthologique pour suivre un personnage unique dans un monde où les dieux semblent avoir disparu. Une aventure étrange, parfois déroutante, mais qui confirme surtout que Mignola n’a absolument pas fini de nous surprendre.

Publié chez Delcourt le 3 septembre 2026, l’album est proposé au prix de 17,50 €.

🌑 Un monde qui ne donne aucune réponse

Uri Tupka est un fugitif qui traverse une contrée dont nous ne connaissons finalement presque rien. À la recherche des dieux, il avance de lieu en lieu, croise des créatures aussi diverses que des dragons, des géants ou des démons et accumule les récits sur ce monde mystérieux.

Et c’est justement là que l’album devient intéressant.

Mignola ne prend pas le lecteur par la main. Les lieux ont des noms, les divinités existent, des événements semblent avoir une histoire… mais beaucoup de choses restent volontairement inexpliquées. On découvre cet univers comme Uri lui-même : par fragments.

Il faut accepter de ne pas tout comprendre immédiatement.

Personnellement, c’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié. Cette impression de parcourir un monde qui existait avant notre arrivée donne une vraie profondeur au récit. Mais c’est aussi un choix narratif qui pourra déstabiliser certains lecteurs.

🗺️ Une aventure qui avance par fragments

L’album possède un rythme particulier. L’action n’est pas forcément permanente, mais les ellipses sont nombreuses et permettent à Uri de parcourir rapidement de vastes territoires.

Une carte accompagne d’ailleurs son voyage et renforce cette sensation de périple.

Le récit joue également beaucoup avec les histoires racontées, transmises ou rapportées. Une histoire peut en contenir une autre, donnant progressivement à l’univers cette dimension de légende en construction qui semble constituer l’un de ses principaux fils conducteurs.

C’est très différent de Hellboy et des autres créations de Mignola, qui prenaient souvent appui sur notre propre monde pour y faire surgir le fantastique.

Ici, les repères sont beaucoup plus rares.

👁️ Du pur Mignola dans un univers totalement nouveau

Même si l’univers change, certains éléments restent immédiatement reconnaissables.

On retrouve cette fascination pour le folklore, les créatures étranges, l’horreur et les mythes, avec en prime une dimension presque cosmique qui peut évoquer par moments l’imaginaire lovecraftien.

J’ai également trouvé assez amusante la ressemblance physique entre Uri et son créateur. Difficile de ne pas y voir un petit jeu de miroir entre cet hérétique vieillissant parti à la recherche de dieux disparus et l’auteur qui, lui aussi, semble partir explorer un territoire entièrement nouveau.

Ce n’est évidemment qu’une lecture personnelle, mais elle ajoute une petite saveur supplémentaire au personnage.

✒️ Un dessin toujours aussi reconnaissable

Côté graphique, Mike Mignola reste fidèle à ce qui fait sa force.

Son trait extrêmement épuré, son utilisation des noirs et des ombres et sa manière de construire des silhouettes immédiatement identifiables donnent à l’album une atmosphère qui lui appartient totalement.

Il n’a pas besoin de multiplier les détails pour rendre un décor inquiétant ou une créature impressionnante. Quelques formes, des masses noires et une composition bien pensée suffisent souvent.

Les bonus présents dans l’album sont également intéressants pour découvrir des croquis et des éléments du processus de création, et permettent de mesurer le travail réalisé en amont.

⭐ Une petite pépite qui ose prendre des risques

Uri Tupka et les Dieux n’est pas forcément une lecture évidente. Son univers encore très mystérieux et ses nombreuses références non expliquées peuvent laisser certains lecteurs sur le bord du chemin.

Mais c’est aussi ce qui fait son charme.

Mignola accepte de ne pas tout expliquer pour laisser son monde respirer, et cette prise de risque fonctionne particulièrement bien pour moi. L’auteur semble prendre un véritable plaisir à multiplier les idées, les créatures et les récits sans chercher immédiatement à tout relier.

Après Le Carnaval des cadavres, cette nouvelle aventure confirme donc que les Contrées inconnues ont encore beaucoup à raconter.

Et avec Uri Tupka et les Démons annoncé comme la suite, une chose est certaine : j’ai envie de connaître la suite.

Uri Tupka et les Dieux est une BD aussi fascinante qu’étrange, portée par un univers volontairement mystérieux et un Mike Mignola toujours aussi inspiré graphiquement. Une aventure qui ne livre pas toutes ses clés, mais qui donne justement envie de continuer à chercher.

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