AccueilDelcourt/TonkamFestifood : notre avis sur la BD de Coline Hégron

Festifood : notre avis sur la BD de Coline Hégron

Et si un simple jouet de fast-food pouvait laisser une trace indélébile dans une vie ? Avec Festifood, Coline Hégron part d’une idée presque absurde pour construire une histoire familiale étonnamment touchante, entre obsession, souvenirs d’enfance, secrets et quête de vérité.

Après Sans panique, son premier album, l’autrice revient avec un récit qui quitte cette fois le fantastique pour s’ancrer dans un quotidien beaucoup plus réaliste. Mais le résultat n’en est pas moins étrange.

🐸 Le jouet que personne ne veut croire

À première vue, Béa a tout pour être heureuse. Un mari qui l’aime, deux enfants désormais adultes et une existence qui semble plutôt tranquille.

Sauf que Béa traîne depuis l’enfance une drôle d’histoire.

Lors d’un anniversaire chez Festifood, elle aurait reçu un jouet particulièrement étrange : le Joujou Bavard, une grenouille capable de prononcer des gros mots.

Le problème ? Personne ne semble avoir conservé le moindre souvenir de cet objet.

Pire encore : impossible de retrouver sa trace. Alors que les jouets distribués par la chaîne se retrouvent régulièrement dans les brocantes, celui qui obsède Béa paraît avoir totalement disparu.

Au fil des années, cette histoire est devenue une véritable obsession. Béa collectionne les jouets Festifood et leur présence finit par envahir sa maison… mais aussi une bonne partie de sa vie familiale.

🧩 Quand un souvenir devient un mystère

Ce qui m’a particulièrement plu dans Festifood, c’est la manière dont Coline Hégron transforme progressivement une histoire qui pourrait sembler anodine en véritable problème familial.

Car le plus intéressant n’est finalement pas de savoir si ce jouet a réellement existé.

C’est de comprendre ce que le silence des adultes a provoqué chez une enfant.

Pourquoi cette histoire a-t-elle été censurée ? Pourquoi personne n’a-t-il voulu en parler ? Et comment un événement apparemment insignifiant peut-il continuer à peser plusieurs décennies plus tard ?

Béa elle-même finit par douter de ses propres souvenirs. À force d’être confrontée au scepticisme de son entourage, elle ne sait plus très bien si elle se souvient d’un événement réel ou d’une histoire qu’elle aurait reconstruite avec le temps.

Et c’est là que l’album devient beaucoup plus intime.

🚗 Une enquête familiale à travers la France

Le récit prend une nouvelle dimension lorsque les 60 ans de Béa approchent.

Son fils découvre alors dans une brocante un objet qui pourrait bien remettre toute l’histoire en perspective.

À partir de là, Festifood change de rythme et se transforme en road-trip familial. La famille part à la recherche de réponses et tente de reconstituer les morceaux d’une histoire qui semblait depuis longtemps condamnée à rester dans le domaine du souvenir.

J’ai particulièrement apprécié cette deuxième partie. Les personnages se retrouvent réunis autour d’un même objectif et l’enquête devient finalement un moyen de mieux comprendre Béa, mais aussi les relations qui unissent cette famille.

Les rencontres qui ponctuent le voyage apportent également leur lot d’humour et de tendresse.

❤️ Une histoire sur les blessures que l’on transmet

Derrière cette étonnante histoire de jouet disparu, Coline Hégron aborde surtout la question des non-dits familiaux.

Un événement peut sembler insignifiant pour un adulte et prendre une importance considérable dans l’esprit d’un enfant. Et lorsqu’on refuse d’en parler, le mystère peut prendre encore plus de place.

L’album réussit ainsi à parler de mémoire, de transmission et de construction personnelle sans devenir démonstratif.

La quête du Joujou Bavard devient progressivement une quête de soi.

Et la conclusion fonctionne justement parce qu’elle donne un véritable sens à tout ce qui précédait, avec une dimension émotionnelle qui m’a plutôt bien surpris.

🎨 Un album qui déborde de vie

Graphiquement, Festifood est également une belle réussite.

Coline Hégron propose des planches très dynamiques, avec beaucoup de mouvements, de détails et des couleurs pastel particulièrement lumineuses. Cette énergie graphique contraste parfois avec les passages plus intimes du récit.

Les séquences de cauchemar de Béa permettent également à l’autrice de laisser davantage parler son imagination.

Et puis il y a cette couverture Delcourt, particulièrement réussie, qui joue avec les codes des livres pour enfants. Une idée qui correspond parfaitement au sujet de l’album et à cette enfance qui continue, d’une certaine manière, à poursuivre Béa.

⭐ Une belle surprise

Festifood réussit un exercice assez délicat : partir d’une idée presque loufoque pour raconter quelque chose de profondément humain.

Le jouet mystérieux sert de point de départ à une histoire sur la mémoire, les secrets et les blessures que l’on peut conserver pendant des décennies. Le road-trip apporte une dimension d’aventure bienvenue, tandis que les personnages donnent au récit toute sa chaleur.

Et surtout, Coline Hégron ne se contente pas de raconter une enquête autour d’un jouet disparu. Elle utilise cette recherche pour parler d’une famille qui tente enfin de comprendre son propre passé.

Une BD originale, drôle, tendre et parfois mélancolique, qui trouve progressivement sa véritable profondeur. L’idée de départ est étonnante, mais c’est surtout la manière dont Coline Hégron la transforme en histoire familiale qui fait la différence.

Une très belle découverte.

La BD Festifood, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 25.50€

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