AccueilKanaNo Devil : notre avis sur le manga de Senchiro chez Kana

No Devil : notre avis sur le manga de Senchiro chez Kana

Avec No Devil, Senchiro revient chez Kana dans un univers qui mélange rock, chasse aux démons et vie quotidienne parisienne. Après Sweet Konkrete, l’auteur change de registre sans perdre ce qui faisait déjà le charme de son précédent travail : des personnages très marqués, une vraie énergie graphique et un goût évident pour les décors urbains.

Et ce premier tome démarre sur les chapeaux de roues.

🎶 Une héroïne qui rêvait simplement de musique

Lucie a 18 ans, joue de la guitare et ne pense à priori qu’à une chose : réussir son audition au conservatoire.

Sa vie gravite autour de la musique, de son groupe et de ses proches, notamment Fannie, Gabrielle et Oli. Rien qui puisse laisser penser qu’elle va se retrouver mêlée à une histoire de démons.

C’est pourtant exactement ce qui arrive.

Une course désespérée pour arriver à temps à son audition se termine par une collision avec Léo, jeune chasseur de démons lancé à la poursuite d’une cible. La rencontre est catastrophique pour tout le monde : Lucie rate son audition, sa guitare est détruite et Léo voit sa proie lui échapper.

Et comme si cela ne suffisait pas, Lucie découvre bientôt une conséquence autrement plus inquiétante : ses émotions peuvent provoquer chez elle une transformation démoniaque.

Tout cela arrive très rapidement et c’est l’une des grandes qualités du volume. Senchiro ne passe pas des pages et des pages à installer son univers. Il nous embarque immédiatement.

😈 Un concept qui pose beaucoup de questions

L’idée de départ fonctionne particulièrement bien : dans ce Paris contemporain, les démons existent et des professionnels sont chargés de les traquer.

Le problème, c’est que le manga conserve encore énormément de mystère autour de ces créatures.

D’où viennent-elles ? Pourquoi sont-elles considérées comme des menaces ? Depuis combien de temps existent-elles ? Et surtout, quel rapport existe-t-il entre elles et les humains ?

La transformation de Lucie laisse évidemment penser qu’il existe une logique plus complexe derrière tout cela. Mais pour l’instant, Senchiro préfère garder ses cartes en main.

Je trouve cette retenue plutôt intéressante pour un premier tome, même si j’espère que la suite apportera rapidement quelques réponses.

💥 Lucie et Léo, un duo qui fonctionne

Le véritable moteur du récit repose finalement sur la relation entre Lucie et Léo.

Leur première rencontre est franchement catastrophique et leurs intérêts ne sont pas franchement compatibles. Elle veut récupérer l’argent nécessaire pour remplacer sa guitare, lui est fauché et doit continuer à travailler pour un patron qui ne lui fait pas vraiment de cadeaux.

La situation devient encore plus drôle lorsqu’on comprend que Léo traque précisément la démone que Lucie devient lorsqu’elle perd le contrôle de ses émotions.

Ce qui pourrait n’être qu’un simple ressort comique commence cependant à évoluer vers quelque chose de plus intéressant.

Les deux personnages découvrent progressivement qu’ils ne se résument pas à l’image qu’ils avaient de l’autre au premier regard. Leurs échanges se nuancent, leurs problèmes personnels commencent à apparaître et une véritable curiosité mutuelle s’installe.

C’est probablement ce qui m’a le plus donné envie de lire la suite.

🎤 Des personnages secondaires qui ont du caractère

No Devil ne repose pas uniquement sur son duo principal.

Fannie, notamment, possède une personnalité qui fonctionne immédiatement. Directe, énergique et particulièrement franche, elle apporte une vraie dose d’énergie aux passages consacrés au groupe.

À l’inverse, certains personnages sont là pour montrer une facette beaucoup plus sombre de l’univers, comme le patron de Léo, dont le comportement toxique permet de mieux comprendre la situation précaire du jeune chasseur.

Et puis il y a les personnages plus mystérieux, notamment l’entourage de Léo, qui laissent clairement entendre que l’auteur ne nous a pas encore tout montré.

Cette galerie est déjà suffisamment variée pour donner au manga une vraie personnalité.

🏙️ Paris comme terrain de jeu

Autre gros point fort : le dessin.

Senchiro accorde énormément d’importance aux décors urbains, et cela fonctionne particulièrement bien dans les scènes de poursuite. La ville n’est pas simplement un arrière-plan : elle devient un espace que les personnages exploitent, traversent et transforment en terrain d’affrontement.

Le découpage est lui aussi particulièrement efficace. On sent que l’auteur a continué à travailler sa narration depuis Sweet Konkrete.

J’ai également beaucoup aimé une idée assez particulière autour du son : les onomatopées traditionnelles sont étonnamment discrètes, ce qui donne davantage de poids aux moments où la musique ou les bruits prennent réellement de l’importance.

Pour un manga qui place le rock au cœur de son identité, c’est particulièrement bien vu.

🎵 Une expérience qui va au-delà du manga

Et justement, Kana accompagne cette sortie d’une idée très sympathique.

Un QR code présent sur le rabat de la jaquette permet d’accéder à une playlist enregistrée par Senchiro, pensée pour accompagner la lecture.

Ce n’est évidemment pas indispensable, mais cela renforce considérablement l’identité du titre. No Devil revendique une ambiance musicale très forte, et pouvoir écouter les morceaux imaginés par l’auteur pendant la lecture crée une petite continuité supplémentaire entre l’univers du manga et son ambiance sonore.

Une initiative originale et plutôt réussie.

🔥 Un premier tome très prometteur

Ma principale réserve concerne finalement ce que le manga ne révèle pas encore.

Après un départ extrêmement rythmé, la partie consacrée à la traque ralentit légèrement. Ce n’est pas forcément négatif : cela permet à Senchiro de mieux installer ses personnages et leurs relations.

Mais l’univers démoniaque reste encore largement à découvrir.

Cela dit, les dernières pages laissent clairement entendre que cette situation ne devrait pas durer éternellement et que le deuxième volume pourrait faire évoluer sensiblement la dynamique mise en place ici.

Pour un premier tome, le bilan reste donc largement positif.

No Devil possède une vraie identité, un duo central efficace, des personnages immédiatement reconnaissables, un dessin particulièrement à l’aise avec les environnements urbains et une ambiance rock parfaitement assumée.

J’ai surtout apprécié cette impression que Senchiro sait déjà où il veut emmener ses personnages, même si le lecteur n’a pour l’instant accès qu’à une partie du tableau.

Un premier volume énergique et très accrocheur qui mélange efficacement rock, humour, action et fantastique. Le personnage de Lucie et sa relation avec Léo constituent une excellente porte d’entrée dans l’univers, tandis que le dessin urbain de Senchiro fait immédiatement la différence. Il manque encore des réponses sur les démons et leur origine, mais les bases sont suffisamment solides pour donner très envie de découvrir la suite.

Le manga No Devil est disponible aux éditions Kana dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 8.10€

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