Il y a des licences qui finissent par devenir tellement vastes qu’on ne sait plus très bien pourquoi on continue à les suivre. Saint Seiya en fait un peu partie pour moi. Pourtant, ce premier tome de Rerise of Poseidon a réussi quelque chose que je n’attendais vraiment plus : me redonner envie de m’intéresser à cette partie de l’univers.
Et le plus surprenant, c’est que ce sont les Généraux des Mers qui y sont parvenus.

⚔️ Donner enfin une seconde vie aux Marinas
Dans l’œuvre originale, les Marinas disposaient d’un immense potentiel, mais leur passage dans le récit restait finalement assez bref. Quelques-uns bénéficiaient d’un véritable passé, tandis que d’autres étaient surtout définis par leur combat contre les Chevaliers de Bronze.
Rerise of Poseidon part précisément de ce manque.
Baian, Io, Krishna, Kasa, Sorrento ou Isaac ne sont plus simplement des adversaires associés à une technique et à une armure. Le manga cherche à s’intéresser à ce qu’ils sont devenus, à ce qu’ils ont vécu et surtout à la manière dont ils regardent aujourd’hui leur propre histoire.
Et cette idée fonctionne particulièrement bien avec Kanon.
Le fait de revenir sur sa trahison et sur les conséquences de ses manipulations modifie forcément la perception que les Marinas peuvent avoir de leur propre combat. Ils ne reviennent pas simplement pour recommencer la même histoire avec des pouvoirs supplémentaires : leur passé pèse sur eux.
C’est là que j’ai commencé à accrocher.
🧠 Des personnages qu’on redécouvre enfin
J’ai également apprécié la manière dont le récit crée des connexions entre les personnages.
Les relations entre Kanon, Isaac et Kasa apportent notamment une dimension supplémentaire à ces figures que l’on connaissait finalement assez peu. D’autres liens, plus inattendus, viennent également enrichir l’ensemble.
Ce que j’aime surtout, c’est que Tsunakan Suda semble avoir compris que faire revenir ces personnages obligeait à leur donner davantage qu’une nouvelle armure et quelques attaques inédites.
Leur histoire doit désormais avoir un sens.
Et même si tout n’est pas encore développé au maximum, cette volonté suffit à rendre les Marinas beaucoup plus intéressants qu’ils ne l’étaient dans mon souvenir.
🎨 Un dessin qui retrouve l’esprit de Kurumada
Autre élément qui m’a particulièrement marqué : le travail de Tsunakan Suda sur le dessin.
Le mangaka ne cherche pas à transformer Saint Seiya en quelque chose de totalement différent. Au contraire, il s’inscrit dans une continuité graphique très assumée avec Masami Kurumada.
Les visages, certaines poses, le découpage et même quelques respirations humoristiques donnent une impression de familiarité assez étonnante.
Et pour quelqu’un comme moi qui a été autant marqué par l’anime que par le manga, cette fidélité produit un effet assez particulier.
Parce que le Saint Seiya que j’ai en tête est aussi celui de Shingo Araki, Michi Himeno ou Eisaku Inoue. Retrouver ici une approche beaucoup plus proche de Kurumada me ramène donc à une autre mémoire de la série.
Je trouve néanmoins que Suda réussit à éviter le simple exercice de reproduction. C’est proche de l’original sans donner l’impression de regarder un décalque.
🛡️ Les Arch-Scales, entre plaisir et méfiance
Et puis il y a les nouvelles armures.
Je dois reconnaître que ma première réaction face aux Arch-Scales n’a pas été franchement enthousiaste. Mon long passé de collectionneur de Myth Cloth m’a immédiatement fait penser à une nouvelle occasion de ressortir la carte bancaire.
Saint Seiya a depuis longtemps développé une relation très particulière avec ses produits dérivés, et les nouvelles versions d’armures peuvent forcément donner cette impression.
Mais le manga apporte ici une vraie justification.
Les Arch-Scales ne sont pas simplement présentées comme des versions encore plus puissantes des armures existantes. Elles possèdent leur propre place dans la mythologie de Poséidon, puisqu’elles correspondent à une forme ancienne des Scales.
J’ai aussi apprécié que Suda ne cherche pas à en faire de nouvelles God Cloths. Le concept conserve ainsi une identité propre.
Le fait que leur conception ait été pensée assez tôt avec la perspective de leur adaptation en trois dimensions montre toutefois clairement que Saint Seiya reste aussi une licence pensée autour de ses objets dérivés. Au moins, ici, les deux approches semblent fonctionner ensemble plutôt que de se contredire.
💥 Le vrai défaut : tout va parfois trop vite
Tout n’est cependant pas parfait.
Rerise of Poseidon est conçu comme une aventure relativement courte et cela se ressent sur le rythme. Les combats avancent parfois très rapidement et certaines situations auraient gagné à bénéficier de davantage de place.
C’est d’autant plus frustrant que les Marinas disposent enfin d’un récit qui leur est consacré.
J’aurais volontiers passé plus de temps avec eux, approfondi certains liens et laissé davantage respirer les scènes avant de passer à l’étape suivante.
Le manga choisit clairement l’efficacité plutôt que la longueur.
Et même si ce choix rend la lecture fluide, il donne parfois l’impression que l’auteur tient entre ses mains davantage de matière qu’il ne peut réellement développer.
🌊 Une vraie bonne surprise pour les fans de Saint Seiya
Voilà probablement ce qui me surprend le plus avec ce premier tome.
Objectivement, Rerise of Poseidon ne révolutionne pas Saint Seiya. On y retrouve des personnages qui reviennent, de nouvelles armures, une nouvelle menace et une structure de combats parfaitement familière.
Mais je n’avais justement pas besoin qu’on révolutionne encore la licence.
Ce que j’avais envie de retrouver, sans forcément le savoir, c’était une raison de m’intéresser de nouveau à ces personnages que je connaissais depuis des décennies.
Et c’est exactement ce que ce premier tome m’a offert.
Les Marinas deviennent enfin autre chose que des obstacles sur le chemin de Seiya et des autres. Ils ont désormais une histoire à défendre, des relations à explorer et un passé qui mérite d’être raconté.
Je n’ai donc pas refermé ce tome en me demandant si Rerise of Poseidon allait sauver Saint Seiya.
Je me suis simplement dit : dommage de ne pas avoir la suite sous la main.
Et venant de moi, c’est probablement le meilleur compliment que ce spin-off pouvait recevoir.
Une très bonne surprise qui redonne de l’intérêt aux Généraux des Mers en leur offrant enfin un véritable espace narratif. Le dessin de Tsunakan Suda joue intelligemment avec l’héritage de Kurumada et les Arch-Scales apportent une évolution intéressante à la mythologie de Poséidon. Le rythme parfois trop rapide empêche l’ensemble d’atteindre encore un niveau supérieur, mais ce premier tome réussit surtout l’essentiel : donner envie de replonger dans Saint Seiya.
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