Avec De rêves et de plancton, Dorothée Adam transforme une expédition scientifique en Antarctique en une réflexion beaucoup plus personnelle sur les rêves, l’écologie et la manière dont nous choisissons de donner un sens à notre existence.
En 2024, l’autrice embarque pour une mission consacrée à l’étude du plancton, menée par Jean-Louis Étienne, avec une caméra pour raconter cette aventure. Mais très vite, son documentaire devient aussi un voyage intérieur.

🧊 L’Antarctique comme point de départ
Le décor est évidemment exceptionnel.
L’Antarctique représente à la fois un environnement extrêmement hostile et un formidable territoire de découverte. Mais plutôt que de simplement raconter les conditions de l’expédition, Dorothée Adam utilise ce paysage immense pour interroger ce qui pousse certains êtres humains à aller aussi loin.
Pourquoi partir ? Pourquoi prendre des risques ? Pourquoi continuer à explorer lorsque l’on pourrait simplement rester dans un confort beaucoup plus évident ?
À travers son expérience, l’autrice trouve progressivement ses propres réponses.
🧭 Jean-Louis Étienne, bien plus qu’un explorateur
La présence de Jean-Louis Étienne donne une dimension particulière à l’album.
Son parcours et ses nombreuses expéditions sont évoqués au fil du récit, mais ce n’est pas uniquement l’aventurier qui intéresse Dorothée Adam. C’est surtout l’homme et sa manière de continuer à avancer, à imaginer de nouveaux projets et à conserver une véritable curiosité malgré les années.
La préface de Jean-Louis Étienne s’inscrit d’ailleurs naturellement dans cette philosophie. Le rêve n’est pas présenté comme une fantaisie inutile, mais comme une force qui peut nous pousser à agir.
C’est probablement l’aspect qui m’a le plus intéressée dans cette BD.
🔬 La science reste au cœur du voyage
L’album n’oublie heureusement jamais la raison première de cette expédition : étudier le plancton.
Dorothée Adam prend donc le temps de présenter certains aspects scientifiques du voyage et les outils utilisés par les chercheurs.
J’ai notamment beaucoup aimé l’évocation du « Curiosity microscope » de Noan, qui donne une dimension très concrète aux recherches menées sur place.
Ces passages évitent que l’album se transforme uniquement en récit introspectif. On apprend réellement des choses sur la mission et sur ce qui se cache derrière les images spectaculaires de l’Antarctique.
🌱 L’écologie en toile de fond permanente
Impossible évidemment de raconter une telle expédition sans parler d’environnement.
Mais j’ai apprécié que l’écologie ne soit pas traitée comme un simple discours ajouté au récit. Elle accompagne naturellement les réflexions de Dorothée sur l’avenir, nos choix et notre rapport au monde.
Le plancton peut sembler minuscule face aux immensités glacées qui entourent les chercheurs. Pourtant, il devient justement une porte d’entrée vers des questions beaucoup plus vastes.
Et finalement, le récit relie assez joliment science, changement climatique et responsabilité humaine.
🎨 Un dessin qui laisse respirer le voyage
Visuellement, Cezard adopte un style simple mais particulièrement adapté à ce type d’histoire.
Les décors bénéficient d’un traitement suffisamment réaliste pour rendre crédible l’environnement de l’expédition, tout en conservant une vraie liberté graphique.
J’ai surtout apprécié les passages plus imaginatifs, notamment lorsque les réflexions de Dorothée prennent une forme visuelle et que de petites créatures inspirées du plancton viennent accompagner ses pensées.
Cela apporte une touche poétique qui empêche l’album de devenir trop documentaire.
🌍 Une BD qui donne envie de regarder autrement ses propres rêves
C’est finalement la grande qualité de De rêves et de plancton : l’album parle de plancton, de science et d’Antarctique, mais son sujet véritable est peut-être ailleurs.
Il nous demande simplement ce que nous faisons de nos propres rêves.
Le récit montre des chercheurs qui consacrent leur temps à comprendre un monde fragile et un explorateur qui, malgré une carrière déjà impressionnante, continue à imaginer de nouveaux projets.
Et cela donne forcément matière à réfléchir sur notre propre rapport au temps, à l’ambition et à ce que nous voulons encore accomplir.
Une BD sensible et originale qui réussit à réunir aventure scientifique, écologie et réflexion personnelle sans sacrifier l’un au profit des autres. L’expérience de Dorothée Adam rend le récit intimiste, tandis que la présence de Jean-Louis Étienne apporte une vraie dimension humaine. Le dessin de Cezard accompagne joliment cet univers entre réalisme et poésie. Une lecture qui donne autant envie de découvrir l’Antarctique que de réfléchir à ses propres rêves.
La BD De rêves et de plancton, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 19.50€

