Roi de la vantardise, prince de la débauche et maître incontesté du mensonge, Falstaff est probablement l’un des personnages les plus savoureux imaginés par William Shakespeare. Adapter son histoire en bande dessinée représentait pourtant un véritable défi. Avec Falstaff, publié aux éditions Delcourt, le pari se révèle particulièrement convaincant.

🍺 Un chevalier plus à l’aise dans les tavernes que sur les champs de bataille
Inspiré des pièces Henry IV de Shakespeare, l’album nous entraîne dans le Londres médiéval aux côtés de John Falstaff, un chevalier aussi bedonnant que hâbleur, qui semble avoir fait de la mauvaise foi et de la débauche de véritables arts de vivre.
Falstaff préfère largement les auberges douteuses, les tripots et les bordels aux champs de bataille. Toujours endetté, rarement capable de payer ses dettes et constamment occupé à enjoliver ses exploits, il possède surtout un talent extraordinaire pour raconter des histoires auxquelles personne ne devrait croire.
À ses côtés se trouve Hal, le futur roi Henri V. L’héritier de la Couronne passe une partie de son temps à profiter des plaisirs de la vie en compagnie de ce chevalier qui exerce sur lui une influence pour le moins discutable.
Mais la guerre approche et le roi Henri IV, dont la santé décline, rappelle brutalement au jeune homme les responsabilités qui l’attendent.
🎭 Falstaff, un personnage aussi ridicule qu’attachant
Le principal atout de l’album reste évidemment son personnage principal.
Falstaff est un menteur, un lâche, un narcissique et un formidable bonimenteur. Il se considère comme un grand séducteur alors que la réalité est évidemment beaucoup moins flatteuse. Pourtant, difficile de ne pas finir par s’attacher à ses combines et à ses tentatives désespérées pour tirer son épingle du jeu.
Le plus amusant est peut-être de constater que Falstaff, qui pense manipuler son entourage, découvre rapidement qu’il existe des joueurs beaucoup plus habiles que lui.
À malin, malin et demi.
Son rapport avec le futur Henri V est particulièrement intéressant. Le jeune prince n’est certes pas présenté comme un modèle de sagesse, mais il possède suffisamment de ruse pour comprendre les mécanismes qui l’entourent.
✍️ Une adaptation qui modernise Shakespeare sans le trahir
L’adaptation et le scénario sont signés Pierre Boisserie, tandis que Goho assure le dessin et que Isabelle Merlet et Jean-Jacques Rouger s’occupent des couleurs.
Adapter Shakespeare, écrit il y a plus de quatre siècles, pouvait facilement donner naissance à une BD trop académique ou difficile d’accès. Ce n’est heureusement pas le cas ici.
Le scénario parvient à rendre le récit plus contemporain, notamment grâce à un rythme efficace et à une approche qui met pleinement en avant la dimension comique de Falstaff.
Quelques libertés sont prises avec le matériau original, mais elles restent suffisamment maîtrisées pour ne jamais donner l’impression de dénaturer l’œuvre de Shakespeare.
🎨 Un dessin classique parfaitement adapté au récit
J’ai également apprécié le choix esthétique de l’album.
Le dessin de Goho adopte une approche plutôt classique, mais c’est justement ce qui fonctionne ici. Cette esthétique accompagne efficacement le contexte historique tout en laissant suffisamment de place à l’expressivité des personnages.
Falstaff bénéficie évidemment d’une attention particulière : son physique, ses attitudes et ses expressions participent énormément à l’humour de l’ensemble.
L’album réussit ainsi à trouver un équilibre intéressant entre récit historique, comédie et adaptation littéraire.
⭐ Mon avis sur Falstaff
Avec Falstaff, Delcourt propose une adaptation accessible et particulièrement agréable d’un personnage emblématique de Shakespeare.
Le pari n’était pas gagné d’avance : transformer une pièce vieille de plusieurs siècles en bande dessinée tout en conservant son esprit comique pouvait rapidement devenir artificiel. Ici, l’adaptation fonctionne grâce à un personnage principal irrésistible, un scénario qui sait moderniser le récit et une direction artistique cohérente avec l’époque.
Falstaff est certes laid, lâche, menteur, vaniteux et profondément narcissique, mais il possède cette qualité rare des grands personnages comiques : on finit par prendre plaisir à le voir s’enfoncer dans ses propres mensonges.
Une BD drôle, accessible et respectueuse de Shakespeare, qui constitue une belle porte d’entrée vers l’univers du dramaturge anglais.
La BD Falstaff est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 26.90€

