AccueilGEEKComics🩸 Exquisite Corpses – Tome 1 : le massacre comme business plan

🩸 Exquisite Corpses – Tome 1 : le massacre comme business plan

La ville d’Exquisite Corpses respire la propreté artificielle, le crédit immobilier et la piscine à débordement. Un décor trop lisse pour être honnête. Puis quelqu’un appuie sur play. Le concept est brutal : des milliardaires organisent un jeu de massacre en lâchant des tueurs dans une cité transformée en terrain de chasse. Ici, la mort n’est pas un accident, c’est un modèle économique.

James Tynion IV ne se cache pas derrière des métaphores timides. Il conçoit son récit comme une franchise avant d’être une histoire, un produit culturel pensé pour se décliner, s’étendre, se rentabiliser. Ce tome 1 agit comme un pilote hypertrophié, un long trailer narratif qui expose règles, factions, mascottes et promesses de spin-offs.

💼 Le Battle Royale du capitalisme tardif

La structure chorale évoque immédiatement Battle Royale, American Nightmare ou encore certains jeux vidéo contemporains. D’un côté, une oligarchie froide et abstraite qui orchestre le carnage comme un loisir bourgeois. De l’autre, des tueurs déjà conçus comme des logos vivants, chacun avec son gimmick, son arme-signature, son potentiel merchandising. Entre les deux, des civils, simples variables d’ajustement destinées à rappeler – brièvement – le coût humain de l’opération.

Le worldbuilding est volontairement saturé. En une soixantaine de pages, Tynion empile règles, noms, concepts et promesses d’arcs futurs. Le récit construit un parc d’attractions du massacre avant même de lancer pleinement la machine. Tout est pensé pour durer, se ramifier, se consommer.

🎬 Un rythme de blockbuster sous amphétamines

Le rythme épouse cette logique industrielle. Tout va vite, parfois trop, mais chaque scène sert un objectif précis : teaser un affrontement, introduire une figure-clé, vendre une idée d’univers. Certains combats restent hors champ, repoussés à plus tard, comme si l’œuvre assumait sa nature programmatique. Exquisite Corpses n’est pas encore le carnage, c’est l’annonce du carnage.

Le lecteur avance comme dans une bande-annonce de deux heures, stimulé par la promesse plus que par l’exécution immédiate. Une approche frustrante pour certains, fascinante pour d’autres.

🎨 Une esthétique slasher pop parfaitement calibrée

Visuellement, Michael Walsh et Jordie Bellaire livrent une copie redoutablement efficace. Les tueurs ressemblent à des mascottes de festival horrifique, immédiatement reconnaissables. Les compositions dynamiques et la lisibilité exemplaire permettent à chaque personnage d’exister en quelques cases, comme une fiche marketing incarnée.

Les couleurs saturées de Bellaire donnent à la violence une dimension presque ludique. Le sang devient un motif graphique, un langage visuel pop, entre cartoon macabre et esthétique vidéoludique. Tout est pensé pour l’icône, le visuel marquant, la mémorisation instantanée.

🧠 Une satire frontale mais assumée

La dimension politique ne cherche pas la nuance. La violence est ici un rituel de classe, un divertissement premium réservé à une élite intouchable. Le massacre devient performance culturelle. La dystopie, une extension logique du capitalisme tardif. Tynion ne prétend pas réinventer la satire, mais il la pousse jusqu’à l’inconfort.

🔥 Un tome fascinant et inquiétant

Ce premier volume impressionne par sa maîtrise graphique et conceptuelle, tout en interrogeant profondément notre rapport au récit comme produit. Exquisite Corpses fascine autant qu’il dérange. Le comic se regarde presque comme un miroir : celui d’une industrie culturelle qui transforme tout, même la mort, en IP rentable.

Le tome 2 est déjà annoncé, les parutions planifiées. Le jeu ne fait que commencer.

Le comics Exquisite Corpses (Tome 1), est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 12.49€

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