Les éditions Mangetsu lancent en France une nouvelle comédie romantique au concept intriguant : Sharehouse Nile. La série est scénarisée par Hiroo Nakamichi (After School Dice Club) et illustrée par Megumi Dorokawa. Publiée au Japon entre 2022 et 2024 dans le magazine Gessan de Shogakukan, elle comptera quatre tomes au total.
Lâhistoire repose sur un phĂ©nomĂšne inexpliquĂ© : plusieurs grandes figures historiques reviennent soudainement Ă la vie dans le monde contemporain. Certaines parviennent Ă sâadapter, dâautres non. Les plus en difficultĂ© sont accueillies au Nile, une colocation pensĂ©e pour ces personnalitĂ©s âinadaptĂ©esâ.
Parmi elles, Marie-Antoinette. DerriĂšre son apparence douce se cache toujours lâancienne reine, attachĂ©e Ă ses privilĂšges et profondĂ©ment marquĂ©e par son exĂ©cution passĂ©e. Pourtant, elle nourrit un rĂȘve simple et universel : vivre une histoire dâamour sincĂšre.
Son quotidien bascule avec lâarrivĂ©e dâun nouveau colocataire aussi sĂ©duisant que symboliquement opposĂ© Ă elle : Che Guevara.

đĄ Un concept prometteur mais sous-exploitĂ©
Mettre face Ă face une reine associĂ©e Ă lâAncien RĂ©gime et un rĂ©volutionnaire emblĂ©matique du XXe siĂšcle constituait une idĂ©e forte. Le potentiel narratif Ă©tait Ă©vident : confrontation idĂ©ologique, choc des valeurs, Ă©volution personnelle.
Malheureusement, ce premier tome reste en surface.
Les personnages historiques sont prĂ©sentĂ©s Ă travers des stĂ©rĂ©otypes appuyĂ©s. Marie-Antoinette est cantonnĂ©e au rĂŽle de princesse capricieuse. Yang Guifei est rĂ©duite Ă son pouvoir de sĂ©duction. Jeanne dâArc et Takeru Yamato sont presque invisibles. MĂȘme Che Guevara manque encore de profondeur et dâincarnation.
LâHistoire est davantage un dĂ©cor quâun vĂ©ritable moteur dramatique.
â€ïž Une romance trop classique
La dynamique amoureuse repose sur un schéma attendu : coup de foudre, incompatibilité idéologique, rejet excessif, puis retour des sentiments.
Marie-Antoinette alterne attirance et dĂ©ni sans progression marquĂ©e. Quelques tentatives dâĂ©volution apparaissent, mais elles restent timides et souvent annulĂ©es par un retour au statu quo.
La sĂ©rie opte pour une romance lĂ©gĂšre, mais sans rĂ©el dĂ©tournement des codes. Le manque de surprise nuit Ă lâengagement Ă©motionnel.
đš Un dessin propre mais sans identitĂ© forte
Le trait de Megumi Dorokawa est clair, fluide et expressif. La lecture est agréable, les émotions sont bien rendues.
Cependant, le design des personnages manque de personnalitĂ©. Les figures historiques modernisĂ©es conservent peu dâĂ©lĂ©ments distinctifs. En dehors de quelques indices superficiels, rien ne permet rĂ©ellement de ressentir leur poids historique.
Dans une Ćuvre dont le concept repose prĂ©cisĂ©ment sur ces identitĂ©s, cette neutralitĂ© graphique affaiblit lâensemble.
đŠ Une Ă©dition française soignĂ©e
Du cĂŽtĂ© de lâĂ©dition, Mangetsu propose une copie solide : jaquette bien adaptĂ©e, papier correct, impression propre, lettrage soignĂ© et traduction fluide.
Lâobjet est maĂźtrisĂ©, mĂȘme si le contenu narratif laisse une impression plus mitigĂ©e.
â Verdict
Ce premier tome de Sharehouse Nile donne le sentiment dâun potentiel insuffisamment exploitĂ©. LâidĂ©e de dĂ©part Ă©tait forte, mais son traitement reste trop lisse et prĂ©visible.
La lecture nâest pas dĂ©sagrĂ©able, mais elle manque de relief et dâaudace. Reste Ă voir si les prochains volumes sauront enrichir les personnages et exploiter pleinement les possibilitĂ©s offertes par ce concept hybride entre romance et Histoire.
Le manga Sharehouse Nile, tome 1 (Mangetsu) est disponible dĂšs maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 7.95âŹ

