Avant de devenir l’un des scénaristes les plus influents des comics modernes avec des séries comme Ultimate Spider-Man ou Daredevil, Brian Michael Bendis faisait déjà parler son amour du polar noir dans des récits beaucoup plus intimistes. Avec Goldfish, aujourd’hui réédité chez Delcourt, on replonge dans les premières œuvres de l’auteur, à une époque où il assurait à la fois le scénario et le dessin.
Et clairement, même si tout n’est pas parfait, on sent déjà une véritable identité narrative.
🌃 Un polar noir à l’ancienne
Le récit suit David Gold, petit arnaqueur surnommé Goldfish, qui revient dans sa ville après une longue absence avec un objectif précis : récupérer son fils. Un retour loin d’être simple puisque l’enfant vit désormais auprès de sa mère, ancienne compagne de Gold devenue entre-temps une figure importante du crime organisé.
Et pas n’importe laquelle.
Lauren Bacall dirige désormais un établissement mêlant casino, boîte de nuit et repaire mafieux où gravitent politiciens, criminels et personnages peu recommandables. À partir de là, Goldfish replonge dans un univers de combines, de manipulations et de violence où chaque faux pas peut devenir fatal.
L’ambiance rappelle immédiatement les grands classiques du film noir américain. On retrouve des dialogues secs, des personnages brisés, des bars plongés dans l’obscurité et cette sensation permanente que tout finira forcément mal.
💬 La force des dialogues de Bendis
Même dans cette œuvre de jeunesse, la patte de Brian Michael Bendis saute immédiatement aux yeux. Les dialogues constituent clairement la plus grande qualité de l’album. Les échanges semblent naturels, parfois étirés volontairement, mais ils participent énormément à construire cette tension constante.
Bendis prend le temps de laisser vivre ses personnages. Les conversations banales deviennent presque aussi importantes que les scènes de confrontation. Cela donne au récit une atmosphère très particulière, presque contemplative par moments, où le danger semble toujours prêt à exploser.
Et plus l’histoire avance, plus cette tension devient lourde.

🔥 Une noirceur particulièrement marquante
Ce qui surprend surtout avec Goldfish, c’est la brutalité émotionnelle de son dernier acte. Le récit suit parfaitement les codes du roman noir : plus les personnages avancent, plus ils s’enfoncent dans une spirale destructrice impossible à arrêter.
La conclusion se révèle particulièrement sombre, presque désespérée. Une fin qui laisse une vraie sensation d’amertume et qui montre déjà l’intérêt de Bendis pour des personnages profondément imparfaits, souvent condamnés par leurs propres choix.
🎨 Un dessin qui divisera clairement
L’aspect graphique reste probablement l’élément le plus discutable de l’album. On sent que Bendis maîtrise davantage l’écriture que le dessin. Certaines planches manquent parfois de lisibilité et plusieurs visages deviennent difficiles à distinguer au fil de l’action.
Le style possède malgré tout une certaine personnalité brute qui colle assez bien à l’ambiance underground et urbaine du récit. Mais clairement, ce trait très indépendant et irrégulier pourra dérouter une partie des lecteurs habitués à des standards graphiques plus modernes.
📚 Une pièce importante du “Jinxworld”
Pour les lecteurs qui apprécient le travail de Brian Michael Bendis, Goldfish reste surtout une œuvre intéressante pour comprendre les débuts de son univers noir baptisé Jinxworld. On y retrouve déjà plusieurs thèmes qui traverseront ensuite toute sa carrière : les criminels fatigués, les dialogues omniprésents, les anti-héros et les relations humaines complexes.
Même imparfait, ce récit conserve un vrai charme de polar indépendant des années 90.
⭐ Verdict
Goldfish est une BD noire, violente et mélancolique qui montre déjà tout le potentiel narratif de Brian Michael Bendis à ses débuts. Si le dessin pourra clairement diviser, l’écriture, l’ambiance et les dialogues compensent largement les faiblesses visuelles. Une lecture particulièrement intéressante pour les amateurs de polar noir et de comics indépendants.
La BD Goldfish aux éditions Delcourt, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 27.95€

