Avec Glitch, Shima Shinya revient chez Ki-oon avec une nouvelle histoire mystérieuse qui devrait séduire les amateurs de fantastique étrange et d’ambiance inquiétante. Après avoir été charmée par l’expérience graphique de Lost Lad London, j’étais particulièrement curieuse de découvrir cette nouvelle série.
Et dès les premières pages, une chose est certaine : l’autrice possède toujours cette manière très particulière de raconter une histoire par l’image.
🌑 Un univers graphique immédiatement reconnaissable
Ce qui m’avait séduite dans Lost Lad London est toujours là, mais semble ici encore plus pertinent.
Le dessin de Shima Shinya repose sur des formes géométriques, des compositions très travaillées et des noirs particulièrement présents. Les décors donnent parfois l’impression d’avoir été construits avec une précision presque architecturale, tandis que les ombres et les silhouettes inquiétantes viennent progressivement perturber cette apparente stabilité.
Et c’est précisément ce contraste qui fonctionne.
Tohka devrait être une petite ville tranquille. Pourtant, quelque chose ne tourne clairement pas rond.
Les rues paraissent presque désertes, les habitants sont étonnamment absents et l’ensemble possède une atmosphère de ville fantôme. Il y a quelque chose de froid, de figé, presque post-apocalyptique dans cette représentation de la cité.
Un cadre idéal pour une histoire de phénomènes paranormaux.

👻 Des phénomènes étranges qui ne surprennent personne
Minato et sa sœur Akira viennent d’emménager à Tohka avec leur mère. Très rapidement, Minato est confronté à quelque chose d’impossible : des formes ressemblant à d’immenses mains apparaissent dans la salle de classe.
Le plus troublant n’est pourtant pas l’apparition elle-même.
C’est le fait que personne ne semble réellement s’en inquiéter.
Minato pourrait croire à une hallucination, mais d’autres jeunes ont déjà été témoins de phénomènes similaires. Des chats disparaissent, des silhouettes étranges sont aperçues dans les rues et les habitants sont invités à éviter de sortir une fois la nuit tombée.
Officiellement, il serait question de sangliers.
Évidemment, nos jeunes héros sont loin d’être convaincus.
Ils vont donc décider de réunir leurs observations afin de comprendre ce qui se passe réellement dans cette petite ville. Et c’est ainsi que Minato, Akira, Ito et Kei commencent à enquêter.
🔎 Entre Fringe, Stranger Things et une vraie identité
Difficile de ne pas penser à certaines références en découvrant Glitch.
Il y a quelque chose de Lynchien dans cette étrangeté quotidienne, avec cette impression que le monde normal dissimule quelque chose de profondément anormal.
On retrouve également le côté aventure adolescente de Stranger Things ou des Goonies, tandis que les phénomènes inexpliqués peuvent rappeler les grandes heures de Fringe.
Mais malgré ces influences perceptibles, Shima Shinya impose rapidement sa propre identité.
La présence d’un personnage non binaire au sein du groupe et l’arrivée progressive d’une créature particulièrement singulière participent notamment à cette volonté de proposer un groupe de protagonistes différent.
Surtout, la diversité n’est jamais le seul argument de l’histoire. Elle semble simplement faire partie de cet univers et de ses personnages, ce qui est plutôt agréable.
🧩 Une intrigue qui distille ses mystères avec intelligence
L’un des grands plaisirs de ce premier tome vient de sa manière de ne presque jamais donner immédiatement les réponses.
Une ombre apparaît.
Une vision surgit en pleine classe.
Un rêve étrange entraîne les personnages vers la montagne.
Une créature est aperçue à travers une fenêtre.
Chaque élément est suffisamment intrigant pour susciter des questions, mais jamais assez explicite pour permettre de comprendre réellement ce qui se déroule.
Et c’est très efficace.
L’autrice maîtrise particulièrement bien le suspense, en déposant ses indices avec parcimonie. On avance dans l’histoire sans véritable certitude sur la nature de ce que l’on observe.
Est-ce de la science-fiction ? Du fantastique ? Quelque chose de complètement différent ?
À ce stade, Glitch ne tranche pas.
Et je dois reconnaître que cela me plaît beaucoup.
🌫️ Une ambiance plus importante que les réponses
Ce premier tome repose énormément sur son atmosphère lente, étrange et presque oppressante.
Le rythme n’est pas celui d’un thriller qui chercherait à multiplier les révélations. Shima Shinya prend son temps, observe ses personnages et nous laisse nous imprégner de Tohka.
Il y a quelque chose de presque mélancolique dans cette petite ville et dans la manière dont les adolescents cherchent à comprendre ce qui les entoure.
Cette quête impossible pour saisir une réalité qui leur échappe peut d’ailleurs se lire comme une métaphore de l’adolescence elle-même : à cet âge, l’avenir est immense, mystérieux et impossible à contrôler.
On sait qu’il faut avancer, mais personne ne possède vraiment la carte.
🧑🤝🧑 Des personnages encore trop peu développés
C’est toutefois ici que le bât blesse un peu.
Le mystère est passionnant, mais les personnages restent encore assez superficiels.
Minato possède une identité non genrée, manque totalement de sens de l’orientation et constitue l’un des moteurs de l’enquête. Akira apparaît comme sa sœur plus sociable. Leur mère possède un côté assez lunaire. Quant à Ito et Kei, elles restent pour l’instant relativement mystérieuses.
Nous avons donc quelques informations pour les différencier, mais il manque encore cette profondeur émotionnelle qui permettrait de réellement s’attacher à eux.
Même leurs histoires personnelles restent largement à construire.
Et c’est peut-être volontaire. Peut-être que Shima Shinya souhaite simplement nous présenter des adolescents ordinaires confrontés à quelque chose qui les dépasse. Si c’est le cas, je pourrai parfaitement saluer ce choix.
Mais après ce premier tome, j’aurais malgré tout aimé avoir davantage de matière concernant leurs personnalités, leurs relations et leurs parcours.
😨 Une fin qui donne immédiatement envie de continuer
Et puis il y a ce final.
Sans dévoiler ce qu’il réserve, disons simplement que les dernières pages donnent une nouvelle dimension aux événements précédents.
Tout à coup, le mystère devient encore plus inquiétant et l’envie de découvrir la suite devient difficile à contenir.
C’est exactement ce qu’un premier tome doit réussir : nous laisser suffisamment dans le brouillard pour que les questions restent nombreuses, mais nous donner une raison très claire de revenir.
⭐ Le mot de la fin
Avec Glitch, Shima Shinya signe un premier tome aussi intrigant qu’atmosphérique.
J’ai énormément apprécié son travail graphique, cette construction géométrique des cases et ces ombres qui donnent à Tohka une personnalité presque à part entière. L’ambiance étrange fonctionne également à merveille et rappelle certaines grandes références du fantastique et du mystère adolescent sans jamais donner l’impression d’être une simple copie.
Le principal défaut concerne pour moi les personnages, encore trop peu développés pour véritablement rivaliser avec la richesse du mystère.
Mais après seulement un tome, je suis prête à laisser le bénéfice du doute à l’autrice.
Amateurs de mystères à la Lynch, d’aventures adolescentes façon Stranger Things, de fantastique inquiétant et d’expérimentations graphiques, vous pourriez bien avoir envie, vous aussi, de partir explorer Tohka.
Personnellement, je rejoins volontiers la bande pour mener l’enquête.
Même si, après ce final, je ne suis plus certaine d’avoir très envie de découvrir ce qui se cache dans cette forêt… 👁️🌲
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