Il y a des BD dont on comprend immédiatement l’ambiance dès les premières pages. Obscurius T1 – Lucy fait clairement partie de celles-là. Paris est méconnaissable, l’atmosphère est lourde, les rues ne sont plus vraiment fréquentables et quelque chose de profondément mauvais semble avoir pris possession de la ville.
Publié chez Soleil, ce premier tome signé Corbeyran, avec Alex Lins au dessin et Natália Marques aux couleurs, nous embarque dans un univers où l’horreur côtoie l’action et le fantastique. L’album est le premier volet d’un diptyque et pose surtout une question qui m’a rapidement intrigué : qui est réellement Lucy ?

👿 Lucy, un personnage qui intrigue
Lucy n’est pas une héroïne classique. Elle fait partie d’un groupe de résistants et possède une capacité pour le moins particulière : elle peut absorber les démons qui s’en prennent aux humains.
Sur le papier, l’idée est simple et plutôt efficace. Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est ce que cette faculté implique pour le personnage. Lucy ne semble pas totalement comprendre son propre pouvoir, et encore moins ce qu’il pourrait révéler sur elle.
C’est finalement ce mystère qui donne envie de continuer. On comprend assez vite que son talent n’est probablement pas un simple « super-pouvoir » pratique permettant de régler les problèmes du groupe. Il y a quelque chose de plus inquiétant derrière.
Et heureusement, l’album ne cherche pas à tout expliquer immédiatement.
🌆 Une ambiance qui fait beaucoup
Ce que je retiens surtout de ce premier tome, c’est son atmosphère très particulière.
Le Paris présenté ici n’a plus grand-chose à voir avec celui que nous connaissons. La ville est ravagée et les survivants ont appris à se faire discrets. Les démons et les fantômes font désormais partie du quotidien.
J’ai particulièrement apprécié cette sensation de monde qui a basculé sans que les personnages aient réellement le temps de comprendre ce qui leur arrivait. On n’est pas dans une apocalypse spectaculaire où chaque page cherche à en mettre plein la vue. Il y a plutôt une impression de malaise permanent.
Le rouge omniprésent dans les couleurs participe énormément à cette identité visuelle. C’est sombre, violent et volontairement oppressant.
✏️ Un dessin qui assume son influence comics
Le travail d’Alex Lins ne passe pas inaperçu. Son dessin possède une vraie énergie et donne beaucoup de mouvement aux scènes d’action.
Personnellement, j’ai trouvé ce choix assez pertinent pour une histoire comme celle-ci. Les affrontements avec les créatures et les manifestations du pouvoir de Lucy gagnent en intensité grâce à ce trait très dynamique.
On sent une approche différente de celle d’une BD franco-belge plus traditionnelle. Le résultat donne à Obscurius une identité hybride intéressante.
La colorisation de Natália Marques accompagne parfaitement cette direction, même si j’ai parfois trouvé l’utilisation du rouge un peu excessive. L’effet fonctionne très bien pour installer l’ambiance, mais j’aurais apprécié davantage de variations dans certaines séquences.
🩸 Un premier tome qui mise sur le mystère
Ce qui fonctionne également, c’est que Corbeyran ne cherche pas à donner toutes les réponses dès ce premier volume.
L’album prend le temps d’installer son univers, Lucy et son entourage. Certains éléments restent volontairement dans le flou, notamment autour des origines et des capacités de l’héroïne.
C’est à double tranchant : j’ai apprécié cette volonté de garder quelques cartes en main, mais j’aurais parfois aimé que certains personnages secondaires soient davantage développés.
Pour l’instant, Lucy porte donc une grande partie de l’intérêt du récit. Il faudra voir ce que le deuxième tome fera de cette galerie de résistants et si l’histoire parviendra à donner davantage de profondeur à son univers.
⭐ Une bonne surprise, mais encore beaucoup de questions
Obscurius T1 – Lucy n’est pas forcément une BD qui révolutionne le fantastique horrifique, mais elle possède suffisamment de personnalité pour attirer l’attention.
J’ai aimé son ambiance apocalyptique, son Paris transformé en territoire hostile et surtout le mystère entourant Lucy. Le mélange entre narration franco-belge et esthétique comics apporte également quelque chose de différent.
Quelques réserves demeurent sur la colorisation très rouge et sur des personnages secondaires encore un peu en retrait. Mais pour un premier tome, l’ensemble est suffisamment efficace pour donner envie de poursuivre.
Et c’est probablement le meilleur compliment que je puisse lui faire : je veux savoir ce que Lucy va devenir.
Le pari est donc plutôt réussi pour ce début de diptyque. Reste maintenant à transformer les nombreuses promesses de ce premier volume en véritable histoire.
La BD Obscurius T1 aux éditions Soleil, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies au prix de 17.50€

